Danse, Musique et Liens Humains : un Projet dans les Prairies

Réflexion sur la danse en famille dans les Prairies
par Ashley Johnson

Je suis arrivée à la pratique de « Dancing the Parenting » [DTP] en février sans vraiment connaître le programme. Mon intérêt avait été éveillé par d’autres professionnels du secteur qui animent des cours de danse parents-enfants, comme Isabelle Rousseau à Edmonton. Bien que je travaille depuis de nombreuses années dans des espaces de danse avec de jeunes enfants, leurs familles et des éducateurs, j’ai ressenti le besoin de réfléchir de manière plus réfléchie à l’environnement de danse, à la façon dont j’accueille les gens dans cet espace, ainsi qu’au rituel créé par la danse et la musique jouée sur place par des musiciens. Au fil de mon expérience avec DTP et dans le cadre de mon propre projet, je me sens parfois submergée par la quantité de travail nécessaire pour créer un espace pensé. Julie l’a très bien exprimé lors de ma visite au cours de DTP : « Il faut beaucoup de travail pour donner l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose. » J’avais besoin d’inspiration, et je l’ai trouvée chez DTP.

La collaboration occupe une place importante dans mon travail auprès des associations locales. Je m’efforce de m’adapter aux structures déjà en place et je suis consciente que je m’inscris dans une dynamique qui existe déjà. Mon intervention au sein d’établissements d’accueil de la petite enfance bien établis s’articule autour d’un modèle en trois volets que j’ai développé au cours de mes années passées en tant qu’artiste en résidence dans des classes de pré-maternelle et de maternelle, dans le nord de la Saskatchewan :

  1. Écouter et apprendre : passer du temps sur place, prendre le temps de tisser des liens (c’est là l’aspect caché de la pratique communautaire, qui peut prendre beaucoup de temps).
  2. Proposer des cours et des activités physiques tout en collaborant avec des éducateurs.trices et des thérapeutes afin de concevoir un programme adapté et unique.
  3. Accompagner les éducateurs.trices dans la conception et la résolution de problèmes afin de les aider à créer un espace propice à l’activité physique une fois que je serai partie, en utilisant les outils déjà disponibles et en encourageant des approches centrées sur le mouvement et guidées par les enfants.

C’est sur cette base que repose mon projet actuel « Artist in Communities » au Regina Early Years Family Resource Centre (REYFRC), en Saskatchewan. Connaissant déjà mon travail dans les bibliothèques et les écoles, ils m’ont contactée pour animer des cours de danse destinés à leurs familles. Le REYFRC est l’organisation de mes rêves. S’appuyant sur des fondements solides en matière de soutien, d’accompagnement et d’éducation des enfants et des familles, elle accueille plus de 1 500 personnes chaque mois. Accompagnée d’un musicien, j’ai mené un programme pilote à l’automne 2025, avec l’intention de mettre en place un projet d’une durée d’un an en 2026, sous réserve d’un financement de SK Arts. À l’issue d’un pilote couronné de succès mais quelque peu chaotique — avec des cours sans inscription préalable réunissant plus de 30 bébés —, j’ai ressenti le besoin de développer une pratique avec les familles plutôt qu’un cours de danse traditionnel. C’est ce qui m’a amenée à m’intéresser à la pratique de DTP.

En tant qu’artiste-parent et éducatrice en mouvement somatique, je m’intéresse à la co-régulation et à la manière dont nous incarnons et transmettons ces « grandes idées » à travers l’expérience de la danse. C’est dans le cadre de ces centres d’intérêt que j’ai collaboré avec un ergothérapeute et un coordinateur en alphabétisation du REYFRC afin de développer des programmes co-animés. Lors d’une réunion prénatale, l’équipe a évoqué une approche pédagogique ludique, dans laquelle les familles peuvent choisir leur niveau d’implication. Cette idée, associée aux concepts du DTP que sont l’autonomie de l’attention et le don de l’attention, a profondément influencé mon projet.

Les enfants et les parents ont la liberté d’accorder de l’attention tout en répondant à d’autres besoins. Cela inclut d’entrer et de sortir de l’espace de jeu pour se rendre dans d’autres zones du centre, de prendre un repas ou simplement de participer à leur rythme. Ces limites souples posent également des défis, notamment pour créer un environnement sûr et convivial au sein d’un programme d’accueil libre destiné à une population très diversifiée. Je m’efforce toujours de trouver un équilibre entre la création d’un groupe chaleureux et familier et les limites souples qu’offre un centre d’accueil libre.

Les activités sans inscriptions réduisent le stress des parents en leur permettant de venir tels qu’ils sont. Pour créer des liens avec les familles, qu’elles participent à une seule séance ou pendant plusieurs mois, je passe beaucoup de temps au centre avant et après les cours. Je souhaite que les participants se familiarisent avec moi et avec les musiciens. Avec le temps, j’espère que les parents comprendront l’intérêt d’encourager leurs enfants à rester dans cet espace partagé, même lorsqu’ils ne sont pas pleinement impliqués. C’est souvent là que l’apprentissage a lieu.

Les activités destinées à la petite enfance et à la communauté me demandent beaucoup d’énergie en tant qu’artiste, parent et membre de la communauté. J’emmène l’un de mes enfants à chaque cours, ce qui présente des défis particuliers, mais la présence d’un autre adulte dans la salle, en la personne du musicien, est essentielle. Cela me permet de mieux assumer tous ces rôles à la fois.

Vivre et travailler dans le nord de la Saskatchewan m’a appris l’importance de prendre son temps : s’asseoir ensemble, discuter et laisser à chacun le temps nécessaire pour se sentir à l’aise avant et après le cours. Inspirée par « Dancing the Parenting », j’ai adopté cette approche en douceur qui consiste à étaler la fin du cours sur une période de 20 minutes. Une fois le programme terminé, je sors une boîte de livres, j’ouvre la grande porte de garage qui relie l’espace dédié au programme au centre, et le musicien joue deux ou trois morceaux à la guitare acoustique. Les familles s’attardent pour discuter, lire des livres et échanger avec les professionnels présents, tels que les ergothérapeutes ou les kinésithérapeutes. Les liens continuent de se tisser bien après la fin de la danse.

J’ai commencé à intégrer de petits éléments de formation parentale tout au long du cours : encourager les moments d’ennui, inviter à la participation par la démonstration physique plutôt que par les mots, et avoir confiance dans le fait que le rituel de l’espace de danse façonne progressivement l’attention et favorise le lien. Tout cela est équilibré par de la légèreté, de courtes séquences de mouvements, des moments de repos intentionnels, et en accueillant toujours les familles pour qu’elles se joignent à l’expérience. 

J’ai la chance de travailler avec des musiciens (Jeffrey Romanyk et Bryn Besse) qui aident les familles à prendre conscience du rôle que joue la musique pour recentrer l’attention, nous rassembler et cultiver la joie. Je décris souvent le rythme comme un filet que nous lançons pour nos enfants, et le fait de croire en ce rituel capte en douceur à la fois leur attention et la nôtre.

Nous prenons toujours un moment pour profiter du silence qui suit l’arrêt de la musique.  Je dis aux parents que notre cours est comme une rivière : à tout moment, nous pouvons y tremper un orteil, l’observer depuis la rive ou plonger dedans. Chaque choix a sa valeur, mais la rivière continue de couler. Si nous y prêtons attention, elle peut nous offrir un moment de répit face aux exigences de la parentalité et nous plonger dans un instant de joie, de calme et de prise de conscience de nous-mêmes et des petits êtres qui partagent notre vie.

Ashley Johnson est une danseuse et enseignante installée à Regina, en Saskatchewan, sur le territoire du Traité n° 4. Découvrez son travail sur www.constantlyseekingsoftness.ca

Photos :  Chelsea Lee Photography

Traduit en français par Julie Lebel